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Les soeurs Missionnaires de Notre-Dame d'Afrique

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A KINTEKO, UNE TRANSFORMATION COMMENCE

Réunion de jeunes femmes avec Sr Léocadie à Kinteko (Rwanda)

Kinteko est une sous-paroisse de la cathédrale pas loin de notre communauté de Butare. Malgré sa proximité avec la ville, sa population est très périphérique; avec beaucoup de jeunes sans emploi et de jeunes mères célibataires.

Elle est connue comme très difficile et très pauvre matériellement, humainement et spirituellement. La pauvreté matérielle ajoute un lourd fardeau aux difficultés de la vie familiale qui devient parfois l’enfer. Les premières victimes, les enfants, très jeunes, désertent le toit familial pour vivre des aventures en ville, se tournent vers la drogue, deviennent des criminels ou la proie facile des trafiquants d’êtres humains. La population de Kinteko est en quelque sorte livrée à elle-même. Aucun religieux, religieuse ne travaillait dans ce village. Touchée par cette réalité, notre communauté y a réfléchi et nous avons décidé de faire quelque chose avec les femmes et les jeunes.

Léocadie a commencé à aller régulièrement à Kinteko pour mieux connaître le contexte. Son désir était de découvrir et d’approcher certains groupes de femmes et de jeunes, de leur proposer de les accompagner le long de leur parcours, dans le but de les éveiller à des valeurs qui pourraient guider leur vie et leurs actions, et lutter contre la pauvreté. Aujourd’hui, être solidaire dans la lutte contre la pauvreté, se développer ensemble, se soutenir mutuellement; être honnête, concerné et respectueux les uns avec les autres; accueillir et estimer les autres dans leurs différences, donner une place à Dieu dans leur vie, s’ouvrir à d’autres qui vivent des situations difficiles, ce sont des valeurs qui s’intègrent lentement. Pour y arriver, Léocadie a invité des personnes extérieures, à venir dans ce milieu pour donner des conférences, sur le mariage, la vie de famille, l’éducation des enfants, la résolution des problèmes familiaux… Elle a encouragé les jeunes à participer à des rencontres, des prières, des récollections, des célébrations… pour rencontrer des gens des contextes où il fait bon vivre, où des parents soucieux de  réparer l’avenir de leurs enfants et de les protéger des trafiquants d’êtres humains. Peu à peu, les groupes touchés sortent de leur pauvreté car vivre ces valeurs les a conduits à commencer des activités génératrices de revenus. Ils ont commencé à sortir de leur isolement, de leur marginalisation.

Un papa engagé de la communauté de Kinteko a été touché par l’oisiveté des jeunes. Il les a rassemblés et leur a offert des cours : la couture aux filles et la construction aux garçons. Il paie des enseignants de sa propre poche, même si ses moyens sont petits. Mais il n’a pas le temps d’être avec eux, et ceux qui les enseignent le font d’une manière qui laisse beaucoup à désirer.
 
Léocadie nous dit encore : Je pense que lorsque quelqu’un de la communauté prend l’initiative de lancer quelque chose pour le bien commun, il est très important de le soutenir.  L’endroit où je rencontre les femmes est proche de celui où ces jeunes apprennent. J’ai remarqué que ça ne fonctionnait pas bien: absences, indiscipline, insolence envers ceux qui les aident… J’ai proposé à ce papa de rencontrer ces jeunes un après-midi par semaine, de les accompagner, de discuter, de les inviter à rencontrer d’autres jeunes gens dans les Forums de jeunes; de réfléchir avec eux sur le thème du diocèse; d’échanger et de réfléchir sur les valeurs qui doivent guider leur vie et leurs actions, afin de profiter au maximum de la formation reçue.

Le premier groupe formé avant mon arrivée, a disparu dans la nature ou est parti pour la capitale chercher du travail domestique. Du 2e et 3e groupe que j’ai accompagné, 24 jeunes femmes se sont organisées et ont commencé un atelier de couture. Ce jeune papa est le directeur de l’endroit. Je donne juste un coup de main pour l’encadrement et l’accompagnement des jeunes, afin qu’avec cette petite formation, les filles surtout, deviennent matériellement autonomes et dignes de respect, et ne se laissent plus exploiter par le premier venu.
Ces petites activités permettent aux femmes et aux jeunes filles d’obtenir de l’argent pour couvrir leurs besoins familiaux quotidiens. Il y a des activités individuelles : acheter et revendre des fruits et des légumes; cultiver pour d’autres pour un petit salaire; faire du jus de sorgho et le vendre; cultiver et vendre des champignons… Il y a aussi des activités communes comme: élever des cochons. Lorsqu’il y a des porcelets, chaque membre en reçoit un à son tour pour l’élever; quand un porc est tué, elles fabriquent du savon à partir de la graisse et vendent la viande. Elles élèvent une vache et vendent son lait. Les jeunes font de la couture. Nous commençons à voir des résultats et cela nous encourage à continuer  l’atelier de couture des jeunes femmes à Kinteko.

L’atelier de couture des jeunes femmes à Kinteko

Désormais, les jeunes ne vont plus dans la capitale en quête d’aventure, car ils et elles peuvent étudier ou apprendre un métier dans leur village. Certains qui étaient allés dans la capitale sont de retour, en particulier les filles; malheureusement, la plupart reviennent enceintes. Certains sont retournés à l’école ou ont appris un petit métier qui les aide à obtenir un revenu. Certaines filles ont même réussi à se marier. De cette façon, elles sont mieux protégées contre les trafiquants d’êtres humains.

Interaction entre les membres du mouvement  Hope Family et les habitants de Kinteko

Il y a quelques années, j’ai découvert un groupe du mouvement «Family Hope», dont les membres sont des gens  aisés: fonctionnaires du gouvernement, professeurs d’université,
hommes d’affaires riches, étudiants universitaires, etc. Ils se réunissent une fois par mois pour la prière, enseignement, partage, témoignages de travail en groupe et eucharistie.

 Je leur ai parlé de la population de Kinteko et je leur ai demandé si je pouvais les inviter à leurs réunions ; ils ont accepté. Aujourd’hui, les habitants de Kinteko sont les premières personnes simples et pauvres de ce mouvement.

Tous les autres vivent dans des quartiers riches et ont une vie chrétienne et spirituelle assez avancée. J’y participe toujours avec quelques membres des groupes que j’accompagne, et avec n’importe qui de Kinteko qui souhaite participer aux réunions. L’interaction entre les deux groupes est très positive.
Ces contacts ouvrent leurs yeux. Ils sont frappés par la similitude des difficultés rencontrées par les familles, pauvres ou riches. Se connaître les ouvre et les motive à apprendre comment résoudre leurs propres problèmes, comment les prévenir, comment se comporter avec les enfants, comment mieux les surveiller et les protéger.
Le mouvement “Family Hope » a adopté la population périphérique de Kinteko. Une équipe avait commencé des interventions mensuelles à Kinteko. Mais l’arrivée de COVID – 19 les a brutalement stoppées. Les groupes cibles sont principalement les jeunes, mais aussi les adultes, en particulier les femmes. La première intervention a été très appréciée. Les gens de Kinteko ont demandé à être revisités régulièrement et ont promis de sensibiliser les autres dans leur quartier.

Léocadie Kana, communauté de Butare (Rwanda) 

 

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