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Les soeurs Missionnaires de Notre-Dame d'Afrique

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Mon premier siècle sur terre

Sr Madeleine Hanauer vient de fêter ses 100 ans à la communauté de Verrières le Buisson, entourée par une trentaine de personnes venues des 4 coins de France représentant  4 générations de sa famille. Un neveu lui  avait préparé le récit  de son premier siècle sur terre !

Le 7 février 1920, est née Madeleine Hanauer, fille de Louis Hanauer et d’Emilie Deffargeas. Elle est la quatrième d’une fratrie de sept enfants.

Une enfance normale, dans une grande famille normale ? Elle seule peut encore nous livrer ses souvenirs de cette partie de sa vie dans le monde.

A 11 ans, une visite en compagnie de son père à l’Exposition Coloniale de Paris les amènera au Pavillon des Missions, au stand des Franciscaines Missionnaires de Marie, où se trouve le coin des Sœurs Blanches accompagnées de femmes africaines qui tissent leurs étoffes.

C’est une révélation ! Et elle sera confirmée l’année suivante par une visite à une Augustine religieuse vivant semi cloîtrée.  “Non ! Je ne veux pas servir Dieu derrière des grilles ! Je veux être missionnaire !”

Guidée par un prêtre ayant deviné sa vocation, elle va s’imprégner chaque jour un peu plus de l’Amour de Jésus. Un livre de Thérèse de Lisieux. Une rose effeuillée, un voyage à Lourdes, des années qui passent et renforcent cette vocation gardée secrète vont l’amener, à l’âge de dix-sept ans, à tout avouer à ses parents qui la voyaient devenir institutrice.

Louis et Emilie furent heureux de ce choix, mais lui demandèrent d’attendre sa majorité pour le réaliser. Elle travailla comme employée de bureau, dactylo pour gagner sa vie. Mais il lui fallut prendre également des responsabilités à la J.O.C. Jeunesse Ouvrière Chrétienne. Cette vie d’attente sereine continua malgré l’éclatement de la guerre de 1939.

En 1941, les vingt et un ans atteints, en plein conflit, le contrat moral put enfin débuter. Le noviciat ne fut pas de tout repos à cause de l’occupation. Il fallut changer fréquemment de lieux. La maladie et la mort de certaines novices furent des épreuves supplémentaires. Enfin à 24 ans, ce fut l’admission à la profession, le OUI au Seigneur.

Sœur Blanche en Algérie

Laghouat, Touggourt, El Bayadh et d’autres lieux que la plupart des Français ne connaissent pas, petites villes, villages, hameaux très entourés de sable orangé, accablés par les rayons implacables d’un soleil très présent, furent pour longtemps ses lieux de vie. Dans ce décor presque hostile aux européens, une mission catholique, une communauté de sœurs, se donne pour but d’assurer les bases de l’instruction scolaire et du travail de la femme à des adolescentes musulmanes.

Elle apporte son soutien humain à la vie quotidienne difficile et dépourvue du confort tel que nous le connaissons. Elle participe aux deuils et aux misères de cette population à la culture éloignée, aux convictions religieuses différentes, et doit parfois même subir le rejet de ces différences. Cinquante années passèrent ainsi en contacts humains, jonchés parfois d’échecs ou de maladresses mais aussi de belles réussites, d’échanges chaleureux, de reconnaissance, et toujours dans la joie de l’Amour accompli.

A 76 ans, Sœur Madeleine dut se réadapter au sol français, dans la ville de Marseille, investie d’une dernière « mission », qui dura neuf années à l’écoute de la détresse d’anonymes chrétiens à l’écoute. “Allo, je vous écoute”.

Enfin à 85 ans, âge pivot de la retraite pour une certaine catégorie de personnel des transports divins, c’est l’arrivée à Saint Charles de Verrières le Buisson…pour pouvoir continuer son service d’écoute et de réconfort en prenant les transports en commun pour rejoindre son poste. En France, il n’y a guère de vent de sable, mais il y a trop souvent des déserts de tendresse et des immensités de solitude qui attendent avidement une oreille à qui se confier ou une parole qui panse les blessures.

95 ans ! L’âge idéal pour les projets nouveaux : les sports de combat, le vol libre, le rugby…ou plus simplement une sortie de métro hasardeuse, et voici que notre écoutante est contrainte de s’entendre elle-même, et d’admettre qu’il est temps pour elle de servir Dieu plus calmement sans toutefois se cloitrer ni se protéger derrière des grilles, mais en se consacrant à l’écoute priante.

100 ans : Une fête est organisée pour célébrer l’événement. La famille, les proches qui l’ont pu sont ravis d’être présents. L’étalement des âges prouve qu’une vie bien remplie attise l’intérêt et le respect. Aujourd’hui, nous sommes tous certains que la peine qu’un de tes frères t’a involontairement faite en choisissant de quitter le Petit Séminaire voilà près de 90 ans, a rapidement été effacée quand tu as vu la faveur que Dieu lui a accordée d’être un mari merveilleux, un père exemplaire et d’être resté un bon chrétien fidèle au service des autres. Il y a d’ailleurs parmi nous d’autres chrétiens qui se sont mis au service de leur paroisse sans bruit. Nous avons une affectueuse pensée pour ceux qui ont été rappelés, et nous prions pour celle qui attend la Décision Suprême.

Nous louons Dieu de t’avoir accordé la santé et la force de traverser tout un siècle d’existence sous Sa Protection, et de te permettre de Le servir et L’honorer encore tout le temps qu’Il le jugera bon. Nous ne parlons pas arabe, mais nous pouvons tous te le dire en français « Comme tu es belle aujourd’hui ! »

Rédigé par JP G
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