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Les soeurs Missionnaires de Notre-Dame d'Afrique

Jubilé des 150 ans à Paris

Difficile de faire un compte-rendu de la belle célébration de l’inauguration de l’année jubilaire des 150 ans, lors de l’eucharistie du 8 décembre 2018 en l’église Saint Pierre de Montrouge à Paris !

Dès l’entrée dans l’église, des panneaux réalisés par François, ancien d’Agadès et Jacques Lacour, Missionnaire d’Afrique nous mettaient dans une ambiance d’action de grâce.

Notre assemblée était composée de nombreux  Missionnaires d’Afrique et Sœurs Missionnaires de Notre Dame d’Afrique des différentes communautés de la région parisienne et même de Marseille, de Lille, de la Belgique en la personne du P. Georges Jacques, concélébrant principal, entouré du curé de la paroisse et de Mgr Gollnisch, directeur général de l’Oeuvre d’Orient (le 1er directeur ayant été l’abbé Charles Lavigerie, de 1856 à 1861), de membres de la famille Lavigerie, d’amis des Pères Blancs, d’anciens d’Agadès, de paroissiens…. et au premier rang, les Sœurs de l’Annonciation de Bobo venant de Dormans et d’Aix en Provence.

Pour la  procession d’entrée chaque Sœur portait un petit lumignon déposé devant le chœur pendant que la foule chantait : ‘Au cœur de ce monde, le souffle de l’Esprit fait retentir le cri de la Bonne Nouvelle’.

A plusieurs reprises, accompagnés du tambour, la délégation des Sœurs de l’Annonciation de Bobo avec ceux et celles qui pouvaient se joindre aux chants, a loué le Seigneur, pour la joie de tous.

Nous avons été frappés par l’homélie très récapitulative des 150 ans, associant Pères et Sœurs. Elle se trouve en fin de compte-rendu.


Avec la procession d’offrande accompagnée d’un chant dioula par les Sœurs de Bobo, des objets d’Afrique bien significatifs qui nous parlaient : un grand pagne pour draper les marches de l’autel, un  panier,  une poterie, une corbeille de fruits, un bougeoir kabyle porté par notre Sœur Ferroudja elle-même kabyle.

Avant la bénédiction finale, Pères et Sœurs, nous nous sommes retrouvés dans le chœur pour chanter le Sancta Maria. Le P. Bernard Lefèbvre a remercié tous les participants,  spécialement l’animatrice des chants ainsi que nos Sœurs africaines et nous a invités à rejoindre le 31 rue Friant pour un verre d’amitié bien sympathique et fraternel.
Nous rendons grâce à Dieu !
       Odile Homberg et Agnès Nouyrigat, smnda

HOMELIE 8 DECEMBRE 2018 A PARIS

« Des apôtres ! Des saints ! Je veux des saints ! » écrivait Mgr Lavigerie au premier maître des novices. Des bienheureux sur les autels nous en avons officiellement quatre aujourd’hui, trois Français et un Belge, mais combien d’autres, sœurs, frères et prêtres missionnaires ne les attendaient-ils pas depuis de nombreuses années dans l’antichambre du ciel ? Parmi eux, Mère Marie Salomé et le Cardinal Lavigerie, mais également nos 6 confrères assassinés dans le Sahara lors de leur voyage vers le Mali actuel. Ne pouvons-nous pas y ajouter Mapeera et le Frère Amans et tous nos confrères et consœurs qui ont donné leur vie de façon héroïque, en un instant tragique ou à petit feu, sacrifiant parfois leur santé physique et mentale dans un service sans compromission. C’est avec eux que nous célébrons aujourd’hui l’ouverture de l’année jubilaire de 150 ans d’existence de notre famille missionnaire.

C’est en effet en octobre 1868 qu’arrivaient à Alger les 4 premiers novices de la Société des Missionnaires d’Afrique. La belle aventure commençait. Un an plus tard les huit premières candidates, les futures Sœurs Missionnaires de Notre Dame d’Afrique, débarquaient à Alger.

En mai 1868, Lavigerie écrivait au supérieur d’un grand séminaire de France : « Ce qu’il me faut, ce sont de hommes animés de l’esprit apostolique, de courage, de foi, d’abnégation. Je n’ai à leur promettre rien de ce que promet le monde, mais tout au contraire la pauvreté, tous les hasards de pays presque inconnus et peut-être au bout de tout cela une mort de martyre. C’est ce qui m’inspire la confiance que mon appel sera entendu. » En même temps il envoyait un émissaire en Bretagne à la recherche de celles qui formeront le premier noyau de la congrégation des Sœurs Missionnaires de Notre Dame d’Afrique. « Hâtez-vous, disait-il, je n’ai que trop tardé ; ramenez-moi au moins quatre postulantes jeunes, vaillantes, prêtres à tout et capables d’être les quatre pierres angulaires de leur congrégation. »

L’appel a été bien entendu. Le petit grain de sénevé, pour citer les paroles mêmes du Cardinal, avec la grâce de Dieu, est devenu un grand arbre où peuvent se reposer les oiseaux du ciel. Depuis les premiers serments en 1872, 5228 missionnaires, dont 1977 Français, ont ressenti le même appel à la vie missionnaire. Les 8 premières postulantes originaires de la Bretagne ont été suivies de nombreuses sœurs, 3563, selon ce que l’on m’a dit, dont 1231 Françaises.

Suivant l’évolution de l’histoire de l’Eglise et de la théologie, les motivations ont évidemment bien changé. On ne part plus en mission aujourd’hui pour la conversion des infidèles. De nombreuses communautés chrétiennes ont été fondées, même si le travail de première évangélisation est loin d’être terminé, mais l’Eglise locale est bien établie et a, en beaucoup d’endroits, bien pris le relais. Mais, si les motivations ont changé, l’appel au service de l’Evangile a cœur de l’Afrique reste le même. Le thème de notre année jubilaire nous le rappelle d’ailleurs : « Avec le Christ, toujours fidèles à l’Afrique ! »

L’Afrique ! « J’ai tout aimé de l’Afrique » disait le Cardinal Lavigerie. Je ne pense honnêtement pas avoir tout aimé de l’Afrique, certainement pas ses moustiques, ni la misère côtoyée ici et là, pas plus que la corruption et la violence de certains, ni même l’Eglise ici et là trop cléricale à mon gout. Mais les souvenirs positifs sont heureusement plus nombreux.

Et de notre côté, il nous faut être réalistes et honnêtes. Les populations d’Afrique n’ont peut-être pas tout aimé de leurs missionnaires. Tout n’a pas été beau dans nos comportements, dans notre perception de l’Afrique. Tellement d’incompréhension, de préjugés dominateurs du blanc dit « civilisé », d’abus de toutes sortes, parfois de collaboration avec le pouvoir colonial. Mais il y a surtout eu tant de vies généreusement données dans un témoignage évangélique sincère, tant de services gratuits et exigeants qui ont marqué nos santés, tant de consolation et de libération, de vie, apportées à des personnes désireuses de se voir reconnues dans leur intégrité. Ce sont tous ces visages, tous ces beaux souvenirs qui nous restent au cœur et que nous célébrons joyeusement aujourd’hui.

J’aimerais maintenant humblement vous raconter un de mes souvenirs. Je le revis comme si c’était hier. Lors de ma première année de stage au Burkina, j’avais découvert un groupe de jeunes garçons qui venaient d’assez loin pour suivre la catéchèse à la paroisse deux fois par semaine. J’ai été leur rendre visite dans leur village et ai proposé au curé, le Père François de Gaulle, d’ouvrir un mini-centre dans leur village. Très encourageant pour les jeunes, il a accepté ma proposition. En dialogue avec un catéchiste nous avons ouvert dans un climat de fête ce nouveau centre de catéchisme. Une belle paillotte avait été construite par le village et je me voyais déjà être le nouveau St Paul de la paroisse. Quelques mois plus tard, dans la plaine, il ne restait plus qu’un poteau. Tout le reste était tombé, emporté par le vent et l’insouciance des gens. St Paul tombait de haut. Mais quelques années plus tard, après mon noviciat et ma théologie, nommé dans la paroisse d’à-côté, je n’ai pas résisté à la tentation d’aller jeter un coup d’œil à « mon village ». Et là, quelle surprise ! Une femme m’appelle. Elle m’avait reconnu après quatre années d’absence. Elle me fait entrer dans sa case et me montre une photo, celle de son fils, tout habillé de blanc le jour de son baptême. Cette expérience m’a beaucoup marqué. Nous ne sommes que des ouvriers, pas inutiles certes, mais seulement des ouvriers au service du Maître qui, lui, sait le bon moment pour toucher le cœur de ses enfants. Comble de l’humour divin, ce village portait le nom de « Kômodgre », ce qui veut dire en Moore, « On ne forcera pas ».

Ce que nous avons semé en Afrique et ailleurs ne nous appartient pas. Nous avons fait du bon boulot. Nous avons écrit une belle page de l’histoire africaine. Nous avons porté l’Evangile au cœur de l’Afrique, nous avons accompagné la croissance de ses communautés chrétiennes, nous nous sommes assis aux côtés de croyants d’une autre foi, dans le respect et parfois dans l’admiration, nous avons enseigné, formé et aidé tant de jeunes, garçons et filles, à devenir des adultes responsables et engagés, nous avons soigné, guéri parfois, mais aussi accompagné jusqu’à la tombe ceux que la maladie, la pauvreté ou l’exploitation avaient dominés. Nous avons fondé de nombreux petits et grands séminaires et ainsi formés quantité de prêtres et d’évêques. Nous avons aidé à la naissance de multiples congrégations africaines, féminines et masculines, dans plusieurs pays d’Afrique. Maintenant avec confiance et espérance, dans une grande indifférence ignacienne, laissons la graine de sénevé se développer au rythme de Dieu. Faisons confiance en l’avenir et chantons notre magnificat, tout en continuant d’accompagner cette croissance de notre prière.

Il faut le dire haut et fort. Rien de tout cela n’aurait été possible sans l’aide de nos familles, de nos amis et de multiples bienfaiteurs. Les membres des AAPB, les Amis des Pères Blancs, et ceux de la famille lavigerienne, ont été et sont toujours, dans plusieurs villes de France, d’ardents collaborateurs des missionnaires, de vrais missionnaires eux-mêmes. Ils et elles ont droit ici à toute notre reconnaissance.

L’aventure missionnaire n’est pas terminée. Les membres du dernier Chapitre de la Société ont ainsi défini notre mission : « Remplis de la joie de l’Evangile, nous sommes envoyés au monde africain et là où notre charisme est sollicité, pour une mission prophétique de rencontre et de témoignage de l’amour de Dieu. » « Porteuses d’espérance, disent les Sœurs, nous voulons l’être aussi auprès de ceux et celles qui souffrent violence, étant pris dans toute forme d’esclavage moderne et le trafic humain. » Notre charisme n’est pas éteint. Il est encore sollicité et entendu. Aujourd’hui plus de 500 jeunes hommes et de nombreuses jeunes femmes se préparent à rendre le relais. Certains prononcent leur serment missionnaire ou leurs vœux définitifs aujourd’hui même. Nous pouvons regarder l’avenir avec espérance et confiance.

De par notre charisme, nous voulons encore et encore être porteurs d’espérance par une attitude prophétique. Nous voulons témoigner, à la périphérie du monde, et parfois en contradiction avec le monde, par la composition même de nos communautés, et par notre engagement auprès des laïcs et avec les laïcs, qu’il est possible, qu’il est bon, qu’il est gratifiant, qu’il est évangélique de vivre ensemble en enfants de Dieu venant d’horizons, de cultures, de races et de religions différentes. Ouverts à la différence, nous proclamons par notre témoignage de vie que l’avenir du monde et de l’Eglise se trouve dans l’accueil, le respect et même dans l’appréciation positive de la grande variété des hommes et des femmes d’aujourd’hui. C’est cela être missionnaire aujourd’hui, être témoins d’une fraternité sans frontière.

Le travail à accomplir reste immense et l’Afrique, comme le monde, comme la France, a encore et toujours besoin de ce genre de missionnaires pour témoigner à la face de tous ceux qui en doutent que l’Evangile de Jésus-Christ ne connaît aucune frontière, aucune discrimination. Dans toutes les périphéries de nos sociétés, des hommes et des femmes attendent de nous que nous leur témoignions par notre vie, jusqu’au martyr, s’il le faut, de l’amour de Dieu.

Voici un programme de vie pour ceux et celles qui entendront l’appel du Seigneur à lui abandonner leur vie pour la mettre au service de l’Afrique et de l’Evangile.

Le 8 décembre 1878, il y a 140 ans de cela, le Cardinal plaçait notre famille missionnaire sous la protection de Marie, l’Immaculée Conception, que nous fêtons aujourd’hui. Lors d’une retraite aux scolastiques, le Cardinal, évoquant son passé, disait : « J’ai toujours été fidèle à mes engagements de prêtre et d’évêque. C’est à ma dévotion à Marie que j’attribue cette grâce si précieuse. » Et lors de l’envoi en mission d’une caravane, il laissait aux missionnaires cette consigne : « Ils sont libres de faire de l’habit qu’ils portent à Alger les modifications du genre de celles que la règle autorise, mais je désire qu’ils ne quittent pas le rosaire qui est comme le bouclier propre de notre petite Société. » Devant l’opposition de plusieurs membres du Conseil général à l’ouverture d’une communauté à Jérusalem, le Cardinal les invitait à ne pas « repousser à la légère une proposition qui sera pour nous un gage assuré de la protection de Marie ! » Alors que nous célébrons aujourd’hui Marie, Immaculée Conception, remercions la pour cette protection pour laquelle le Cardinal a tant prié.

Avec Marie, nous redisons une « oui » confiant et courageux pour la mission, toujours fidèles à l’Afrique, sûrs de la protection de notre Mère et de la prière de tous ceux qui nous ont précédés.

Je vous souhaite un joyeux jubilé.

Georges Jacques, Missionnaire d’Afrique

 

 

 

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