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Migrants dans le désert algérien… et le miracle va s’accomplir

Laurence migrants

 Migrants dans le désert algérien… et le miracle va s’accomplir

par Laurence, notre amie

  15 jours déjà que je me promets d’écrire quelque chose
sur une aventure particulière,
aventure autour de la migration,
aventure autour de la rencontre humaine.Il est encore possible de faire de belles rencontres,
des rencontres gratuites, des rencontres transformantes.
Ghardaïa, mois de novembre,
les premières pluies menaces, petit crachin du soir.
Le jour est au soleil frais, pour d’autre froid !
Le petit désert offre ses pierres aux rayons
comme pour en aspirer la chaleur
et la conserver pour les nuits déjà plus difficiles à supporter dehors, sans abri.
 
  Les villes d’Algérie sont parcourues depuis un an par des personnes inhabituelles, femmes et enfants venus du Sud, mendiant le jour, disparaissant la nuit.

D’abord assimilés à des réfugiés de la guerre du Mali, ensuite reconnus pour des nigériens,
leur présence questionne, parfois dérange,
souvent entraîne la compassion. 

Des associations algériennes se mobilisent vite pour leur apporter de la nourriture,
surtout quand le froid attaque ces personnes peu vêtues.
Quelques journaux en parlent. Puis ils sont oubliés.
Le temps passe, la guerre au Mali aussi.
L’été arrive.
L’habitude opère.
Ils sont là.


Et puis, il y a eu Lampedusa.

Lampedusa Un cri de l’Europe
face à de nombreux morts en mer.
Des frontières fermées qui repoussent,
et qui poussent à des attitudes suicidaires.
Il faut fuir à tout prix,
il faut vivre à tout prix,
même au prix de la mort.
Nous sommes devenus fous !

Et puis, il y a eu la libération des otages au Niger

Niger Une grande firme
d’exploitation des richesses minières
de ce pays « pauvre »,
a réussi à émouvoir le monde,
même les migrants subsahariens d’Algérie.
Les larmes aux yeux ils commentaient,
dans le centre d’écoute de Caritas,
le calvaire des otages
et les retrouvailles familiales.

Et puis il y a eu les deux journalistes assassinés.

Enfants au Niger Trop d’évènements coup sur coup
pour s’arrêter
sur les 50 petits cadavres du Niger.
Enfants morts de soif
à la frontière algérienne.
92 vies disparues parmi tant d’autres
en quête d’une terre d’accueil.


Alors nous nous sommes mis en route.

D’abord intérieurement.

  Nous savions la présence de ces groupes
de personnes nigériennes sur le territoire algérien.
Qui sont-ils ?
Que fuient-ils avec tant d’enfants ?
La Libye à feu et à sang ?
La famine de leur pays ? Combien devront mourir
pour que moi-même je les regarde ?
Pour que je m’en soucie ?

Nous nous sommes ensuite mis en route

physiquement

et nous aussi
nous avons fui ;
fui notre confort,
notre enfermement,
notre endormissement !
Tout en sachant que nous y reviendrions,
mais probablement plus comme avant !

 
Ghardaia Ghardaia, première escale.
Les rues du jour sont animées de gamines qui tendent la main. L’ambiance est bon enfant. La générosité se pose dans leurs mains. Des femmes portant nourrissons au dos cherchent aussi de quoi manger, de quoi se vêtir. Pas de rejet dans les regards ni dans les attitudes. Une habitude. Elles font partie de la ville. Du décor. Un malaise me saisit. Chose. Objet. Les filles grandissent. Que leur arrivera-t-il ? Quel avenir ?
Nous sommes guidés par un Père Blanc
qui se souvient de leur langue le Haoussa.

Il aborde un homme de leur communauté mais pas de leur groupe. Il est là pour le commerce et pour envoyer quelques euros au village. Le Père lui demande s’il peut nous accompagner ce soir là,  où dorment ces femmes et ces enfants, parce qu’il a vécu dans leur pays, parce ce qu’il est Peul lui aussi. Dans notre vie de nomades de la foi, nous apprenons vite ce qui unit les gens, leur appartenance à la terre, à l’histoire. Ce qui nous rapproche les uns des autres, ce n’est pas tant la couleur que l’expérience commune d’un labeur ou d’un labour. Le Père est fils de paysan, éleveur de vache. Il se déclare, non, il se sait Peul hollandais.
 Enfants Niger

Et le miracle ou le mirage va s’accomplir sous le ciel éclairé de lampadaire.

lampadaire

Un terrain vague
va prendre les contours du village où pour une heure,
pour un soir, pour une nouvelle histoire,
nous seront les invités honorés de présence et d’attention….

J’avais peur ;
peur de susciter des attentes
que nous ne pouvions ni ne voulions combler.

Ils et elles manquent de tout :
eau
que des jeunes filles portent habilement sur la tête,
comme au pays, au retour d’une journée de quête ;
nourriture
que l’on devine pauvre ;
chaleur qui se dessine avec la nuit et de feux de camp
autour desquels se tassent une dizaine de personnes,
foyer de vie, foyer d’espoir ;
vêtements
dont les surplus ou bien les déchets
(que donne-t-on aux mendiants ?)
brûlent dans le lit de l’oued asséché
d’où monte une fumée noire et malodorante ;
abris
ce terrain vague près de la poste, loin des regards
mais au cœur de la ville est l’enclos sans clôture
d’une centaine de personnes.

 Les attentes étaient bien là, mais d’une toute autre nature !

  Les vieux qui encadrent ce groupe de femmes et d’enfants nous ont accueillis en déposant leurs plus belles nattes au centre de cet amas de gens refoulés ! Et la magie s’est opérée ! Un autre monde s’est dessiné ! Des personnes dignes, souriantes, se sont détachées de la pénombre pour nous rejoindre autour de ce tapis des mille et une nuits ; Chacune portant son bout de tissu ou son carton, la place s’est remplie de personnes bien intentionnées, curieuses de savoir qui nous étions, heureuses de pouvoir nous offrir un petit coin de leur empire !

Leurs attentes comblaient les nôtres.

Je me retrouvais dans leur village, leurs repères, immergée dans leur langue haoussa qui caressaient mes oreilles incultes, entourée de leurs rires doucement moqueurs parce que je ne comprenais rien. J’étais bien. Et je lisais dans le regard des femmes qui me serraient de plus en plus près à cause de la nuit, tant de chaleur et de bonté compatissante ! Quelle pauvreté que de ne pas connaitre le Haoussa à ce moment là ! Mais nous parlions tout de même. Quelques paroles pour nous reconnaître de la même humanité. Quelques paroles qui soudaient la même nuit  partagée sous le réverbère de la poste de Ghardaïa.  
sous la tente Pourtant, que nous étions loin de la ville du Mzab ! Nous étions dans cet autre village sans nom, celui d’une émouvante fraternité faite de mystères, de sourires, d’une volonté simple d’être ensemble.

Nous étions chez eux et ils et elles nous faisaient sentir que nous étions chez nous tant que nous étions avec eux, avec elles.

Et tout le reste était bien loin. La migration, la mendicité, la famine allaient revenir mais à ce moment nous étions ailleurs. Nous étions bien. Les derniers mots en français qu’elles nous offrirent en disaient la réalité : « à demain ! » Nous faisions partie de la même histoire, celle de ce soir-là qui s’inscrira dans la nuit des temps. Merci.

 Laurence

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2 Comments

  1. Juliana dit :

    Thank you Laurence for such a wonderful sharing. May God bless all your goings and comings deep within you as much as beyond you.

  2. Françoise dit :

    Quel article magnifique.

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