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Les soeurs Missionnaires de Notre-Dame d'Afrique

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Témoignage de Suzy Hadermann, Smnda

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Suzy Hadermann, je suis Belge.
J’ai la chance d’avoir grandi dans une famille très unie. Mes parents ont eu la bonne idée de nous donner (mon frère, ma sœur et moi) une éducation ouverte : nous parlions flamand à la maison, mais ils nous ont mis dans une école francophone, ce qui fait que nous sommes à l’aise dans les deux langues.
Catholiques, ils nous ont fait faire toutes nos études dans l’enseignement officiel.
J’y ai entendu à peu près tout ce qu’on peut entendre contre la religion, et cela m’a fait beaucoup de bien (même si ce n’était pas toujours facile), car cela m’a forcée à chercher par moi-même et à  » choisir Jésus-Christ « .

Le milieu nourricier de ma foi a été le scoutisme. Je dois beaucoup aussi à un prêtre, amoureux de Dieu et de Sa Parole. Il m’a transmis son amour de la Bible, et quand j’étais confrontée à trop de questions et que je ne savais comment y répondre,
je m’en allais discuter avec lui. C’est lui aussi qui m’a accompagnée dans le discernement de ma vocation.

C’est dans le scoutisme, et pas tellement dans ma famille, que j’ai commencé à avoir une relation vivante avec le Christ. Même si mes parents étaient chrétiens, ce n’était pas un sujet dont on parlait beaucoup. Nous allions à la messe le dimanche, mais je n’ai pas le souvenir d’avoir prié ensemble en famille.

J’ai reçu de ma famille, des valeurs qui m’ont construite et que je porte en moi comme un héritage précieux : l’amour de mes parents (leur amour mutuel et leur amour pour nous), l’esprit de famille,
cette certitude de pouvoir compter les uns sur les autres, le respect, la droiture, et aussi le sens du beau : la beauté de la nature (même si nous habitions en ville),

l’art sous diverses formes, la musique surtout.
Je suis  » tombée dedans quand j’étais petite « , comme on dit !
Je ne peux pas imaginer ma famille sans musique :
nous en jouions ensemble, nous chantions ensemble…
Cela crée des liens très profonds, une espèce de connivence qui donne une grande joie.

Qu’est-ce qui a motivé ton choix d’entrer chez les SMNDA ?

Depuis plusieurs années déjà, je vivais une solide amitié avec le Christ, mais sans savoir comment j’allais la concrétiser. Je pensais que j’allais me marier, fonder une famille dont le Christ serait le pilier.

Un jour – un jour dont je me souviens comme si c’était hier – j’ai réalisé très clairement que Jésus m’appelait à autre chose. Deux de ses paroles ont retenti en moi :  » Quitte tout et suis-moi  » et  » Allez enseigner toutes les nations « .

Dès ce moment, j’ai su qu’il m’appelait à être religieuse-missionnaire, les deux inséparablement.
Je n’ai jamais envisagé l’un sans l’autre.

Restait à trouver où… Comme je ne connaissais pratiquement aucune congrégation, j’ai demandé conseil à mon accompagnateur, qui m’a renseigné sur plusieurs congrégations missionnaires (tout en me donnant quelques pistes pour faire un discernement sérieux et ne pas me lancer tête baissée dans la vie religieuse).  

Parmi les adresses qu’il m’a données, il y avait celle des SMNDA. Je suis allée voir, et j’ai senti que cela correspondait à l’appel que j’entendais en moi.

J’ai aussi été voir ailleurs, par honnêteté intellectuelle, mais très vite je me suis concentrée sur les SMNDA. Pourquoi ?
– cela m’avait l’air sérieux, sans être guindé ni  » gnan-gnan « 
– la perspective était claire : l’Afrique.
– on me disait que, avec mon diplôme d’enseignante, je pourrais rendre service, car l’Afrique manquait d’enseignantes.

Je suis une SMNDA heureuse. J’ai passé onze ans en Afrique, au Burundi : d’abord comme enseignante
dans une école qui formait des institutrices,
puis dans une paroisse, où, en plus du travail pastoral proprement dit, nous faisions de l’éducation de base et du travail de développement.
Ensuite j’ai été responsable des différentes communautés que nous avions au Burundi.
Onze ans, ce n’est pas très long…
J’ai ensuite passé pas mal d’années dans plusieurs services de congrégation, surtout en lien avec la formation, à différents niveaux.
Au fond, même si je n’ai enseigné que pendant cinq ans dans un cadre scolaire, ma formation d’enseignante s’est avérée bien utile par la suite.
    
Tu as surtout travaillé dans la formation, et maintenant encore le service qu’on t’a demandé va dans cette ligne-là. Comment définis-tu la formation dans la vie religieuse ?

Je pense que la formation dans la vie religieuse est fondamentalement la même que la formation en général : c’est un processus d’acquisition et d’assimilation. La vie nous met perpétuellement en contact avec du neuf, qui nous arrive à travers des rencontres, à travers ce que nous voyons, lisons, entendons, à travers tout ce qui nous arrive, finalement. On  » acquiert  » ainsi des idées, des valeurs, des connaissances… mais pour qu’on puisse parler de formation, il faut qu’on assimile cet acquis, qu’on se laisse transformer par ce qu’on a reçu, qu’on se l’approprie, qu’on fasse le tri entre ce qu’on peut garder pour le faire sien, et ce qu’on décide de laisser tomber. La vraie formation nous fait  » être  » plus.  

La formation dans la vie religieuse suit ce même cheminement, dans le contexte spécifique de notre vocation. La formation humaine générale nous enracine dans notre culture (culture d’origine, ou culture d’adoption) – culture qui d’ailleurs évolue sans cesse – et la formation dans la vie religieuse nous permet de nous enraciner dans la  » culture  » de l’Evangile et de notre famille religieuse. Cette formation ne remplace pas la formation humaine, elle se greffe plutôt sur elle, et les deux continuent à grandir ensemble. Comme le disent nos Constitutions :  » C’est là, l’œuvre de toute une vie « .

Qu’est-ce que ce travail t’a fait découvrir sur notre manière de suivre Jésus ?

Peut-être justement ce que je viens de dire : ce sens très fort du lien entre notre formation comme personnes humaines et notre formation comme disciples et apôtres du Christ. Nous ne suivons pas un idéal, nous suivons une personne vivante, Jésus-Christ. Notre spiritualité n’est pas désincarnée, notre suite du Christ est profondément enracinée dans la réalité humaine. Si Dieu a tellement de respect pour notre humanité, s’il a voulu s’incarner  » pour de vrai  » dans le monde, il attend certainement de nous la même attitude.

Comment être envoyées vers les hommes et les femmes de notre temps si nous ne prenons pas au sérieux leurs joies, leurs soucis, leurs aspirations, bref, tout ce qui fait leur vie ? Nous faire proches de ceux et celles à qui nous sommes envoyées, cela fait vraiment partie de notre manière de suivre Jésus. Le Cardinal Lavigerie, au cours de la campagne qu’il menait contre l’esclavage, a repris à son compte cette parole de l’écrivain latin Térence :  » Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m’est étranger « .

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Pour être capable d’aller vers l’autre, de rencontrer l’autre dans sa différence, nous devons être solidement enracinées dans notre être propre, sinon l’autre nous apparaîtra comme une menace. Comme le dit Simone Weil,  » Seul celui qui a des racines est capable de s’ouvrir à l’universel.  » C’est pourquoi notre formation insiste tellement sur deux aspects qui sont pour nous inséparables : le développement intégral de la personne, et sa transformation progressive dans la foi. Jamais l’un sans l’autre.

La musique, l’art ont une place dans ta vie. Est-ce que tu peux nous dire comment tu lies ces dons avec ta vie religieuse et missionnaire ?

Cela fait partie de moi, et puisque dans nos Constitutions, nous lisons :  » tout ce que nous sommes est au service de la Mission « , ces aspects- là de mon être font partie de ma vie religieuse et missionnaire comme tout le reste.
La musique, l’art, le sens du beau sont je crois du même ordre que l’amour, ou la prière. Savoir goûter ce qui est beau, en jouir, m’en émerveiller, cela m’aide à reconnaître Dieu, à le rencontrer. Cela me porte à développer un regard de contemplation, et donne souvent à ma prière une coloration de louange, de bénédiction, de joie. Je pense qu’une approche positive est importante pour nous qui avons une Bonne Nouvelle à partager.

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