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Les soeurs Missionnaires de Notre-Dame d'Afrique

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Témoignage de Mia Dombrecht

Mia Dombrecht en Mauritanie

Mia Dombrecht est une Soeur Missionnaire de Notre Dame d’Afrique belge qui vit depuis six ans en Mauritanie dans une communauté internationale avec six consoeurs de six nationalités différentes.
Cela fait neuf ans qu’elle a posé sa tente dans le monde musulman, trois ans en Tunisie puis six ans en Mauritanie.

La Mauritanie est un grand pays entre l’Océan Atlantique et le désert avec à peine 2,5 millions d’habitants. Tous les Mauritaniens sont musulmans. Il y a des chrétiens parmi la population venant de l’étranger. La plupart d’entre eux viennent des pays voisins : Sénégal, Guinée-Bissau, Bénin, mais aussi du Congo, Rwanda, Cameroun, Espagne, France, et du Liban. La paroisse est donc interculturelle avec des chants dans toutes les langues.

Mia, en quoi consiste ton travail à Nouakchott ?

 

Je coordonne la catéchèse pour les enfants des familles chrétiennes à la paroisse de Nouakchott. Les enfants et les jeunes sont environ 200. Dans les écoles de cette république islamique, il n’y a naturellement pas de cours de la religion chrétienne. Mais les jeunes ont besoin de connaître assez leur propre religion et aussi de comprendre quelque chose de l’islam pour mieux vivre avec leurs collègues de classe musulmans. Nous leur apprenons la tolérance vis-à-vis de celui qui est différent, et en même temps aussi, l’amour pour leur propre tradition religieuse.
A côté de cela, je donne aussi des cours de français à des femmes mauritaniennes. Elles travaillent ensemble dans des coopératives. Elles habitent dans les bidonvilles de la capitale, dans des maisonnettes de carton et de tôles. La façon dont je m’intéresse à leurs fêtes religieuses et à leur tradition fait, qu’elles aussi, montrent parfois de l’intérêt pour notre « Livre Saint », notre manière de prier. C’est pour elles et pour moi une bonne occasion pour vivre le dialogue entre religions d’une façon très simple. Elles savent que je suis chrétienne et religieuse. Mais elles ont du mal à comprendre que je ne sois pas mariée, que je n’ai pas d’enfants et cela à cause de Dieu.
 

 

Quel sens peut avoir la présence de l’Eglise en ce pays musulman?

C’est une question que je me pose aussi. Je peux vous assurer une chose: prier l’évangile après une expérience de neuf ans en terre musulmane m’a donné beaucoup de surprises. Mais notre Dieu est un Dieu des surprises, n’est-ce pas?

Le premier texte biblique qui m’a étonnée est celui de Noël ; la naissance de Jésus vue avec le regard de Marie. Quand j’ai contemplé Jésus, couché sur un peu de paille dans une mangeoire, j’ai senti en moi le désir de demander à Marie pourquoi elle ne sort pas pour annoncer partout la Bonne Nouvelle de la naissance de Jésus et pour appeler les gens à venir adorer le Fils de Dieu. J’étais étonnée de voir qu’elle ne le fait pas. Je voyais Jésus, inconnu et caché dans cette étable et pourtant, des générations l’avaient attendu depuis des siècles.

De cette façon j’ai compris quelque chose de notre présence dans le monde musulman.

Le deuxième texte qui m’a éclairée est celui de l’envoi des 72 disciples de Jésus dans le monde. « N’apportez rien pour la route, mangez et buvez ce qu’on vous offrira, guérissez les malades, souhaitez la paix et dites que le Royaume de Dieu est tout proche ». De nouveau j’ai senti l’étonnement monter en moi à l’écoute de ce passage. Ici, Jésus n’envoie pas ses disciples pour témoigner de son nom et personne, même pas pour dire que c’est Lui, Jésus, qui les envoie. Seulement voir présent le Royaume de Dieu et aider à le faire grandir, manger et boire avec les gens… Mais, c’est ce que nous faisons là-bas, dans ce pays musulman ! Nous pouvons voir le Royaume de Dieu tout proche dans l’accueil, la paix, la cohabitation paisible des différentes ethnies et nous pouvons recevoir et donner la paix.

La rencontre de Jésus avec la femme samaritaine m’ai aidée à faire encore un pas en avant. Une rencontre au bord d’un puits avec une femme d’une autre culture et d’une autre religion. « J’ai soif », lui dit Jésus. « L’eau que je te donnerai deviendra en toi une source jaillissant en vie éternelle ».
A nouveau, j’ai senti en moi la surprise. Jésus offre la vie éternelle, la vie en abondance à quelqu’un d’une autre religion. Si grand est son désir que tous vivent, même des étrangers. Ainsi j’ai compris que Jésus ne voulait pas seulement être présent en Mauritanie pour être avec des personnes humaines, pour être solidaires avec elles, comme dans la crèche de Noël, mais aussi pour les amener à la Vie. Et nous avec Lui.

Où puises-tu le courage pour continuer ?

« Qui vous accueille, m’accueille et qui m’accueille, accueille Celui qui m’a envoyé ». Ces paroles de Jésus ont trouvé en moi une résonance spéciale quand je pense à nos expériences avec des familles musulmanes qui aiment tellement nous accueillir chez elles à la maison.
Cette expérience, je l’ai faite, encore une fois, il n’y a pas longtemps, après avoir donné des cours de français aux femmes arabophones pendant un an. Comme tous les ans, nous fixons un jour pour fêter un peu ensemble la fin de l’année scolaire. Cette fois-ci nous avions prévu d’aller à la mer. Avec trois de mes consoeurs nous arrivons dans la maison où les femmes se réunissent pour suivre les cours. Après un peu d’attente, les 15 femmes arrivent. Je leur donne le résultat de leur examen de français, ainsi qu’à chacune un vrai diplôme! Suivent leur mot de remerciement et les cadeaux traditionnels: une belle écharpe pour chacune de nous. Chaque année, je suis étonnée combien les femmes nous gâtent. Oui, apprendre à recevoir est important aussi, cela nous oblige de nous faire petites et cela leur permet de montrer leur amitié et leur reconnaissance. Et sans doute, recevons-nous plus que ce que nous donnons… Quel mystère, notre vivre ensemble interculturel !

Après un pas de danse pour compléter la fête, nous partons à la plage à une dizaine de minutes de route. Nous nous promenons le long de la mer entre les pirogues et les pêcheurs qui se fatiguent pour le pain quotidien.
A cet endroit, je pense toujours à l’appel des premiers disciples. Des hommes comme ceux-ci, Jésus les a choisis comme amis intimes. Ainsi a commencé l’aventure de Jésus et elle continue jusqu à aujourd’hui. Jésus appelle toujours.

Ensemble avec les femmes, nous trouvons un bel endroit pour nous installer. Nos soeurs font une petite baignade dans la mer et après, les femmes nous offrent leur repas si bien préparé. Le vent un peu frais fait que nous rentrons assez vite à la maison. Nous ramenons nos amies à la maison et rentrons dans notre communauté.

Le soir, je lis l’évangile du lendemain: »Qui vous accueille, m’accueille et qui m’accueille, accueille Celui qui m’a envoyé ». Ces paroles que j’ai déjà entendues beaucoup de fois me semblent nouvelles et je ne peux pas autrement que les appliquer à ce que nous venions de vivre: l’accueil si chaleureux de quelques femmes musulmanes.

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