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Les soeurs Missionnaires de Notre-Dame d'Afrique

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Une communauté – témoin : le projet de l’UISG en Sicile

Sr Pilar Navarro nous parle de son expérience en Sicile, dans le projet intercongrégations de l’Union internationale des Supérieures générales (UISG). Elle y a passé près de trois ans.

Sr Pilar (à droite) et sr Maria, religieuse du Sacré-Coeur de Jésus, avec quelques enfants de Tunisie et d’Ethiopie.

Mis en route en 2015 lors du jubilé des 50 ans de l’UISG, le projet met en évidence l’importance des réponses intercongrégations aux nouvelles situations d’urgence. Il a été réalisé, entre autres, en collaboration avecl’Eglise locale de Sicile, l’USMI-Sicile (Union des Supérieures Majeures d’Italie). Inspirée par la vision du concile Vatican II et les interpellations du pape François, l’UISG s’est aventurée dans ce projet.

Ma Mission, dans ce projet en faveur des migrants en Sicile, a commencé le 12 septembre 2018 et s’est terminée le 30 novembre 2021. Avant de partir pour la Sicile, j’ai eu l’occasion de me rendre au bureau de l’UISG pour rencontrer les responsables, ainsi que deux nouvelles sœurs qui, comme moi, allaient se joindre au projet. C’est lors de cette rencontre que j’ai appris que j’irai à Agrigento. Deux autres communautés se trouvaient à Ramaca (fermée en 2019) et à Caltanissetta. Au début décembre 2019, une communauté de trois sœurs a été ouverte à Lampedusa.
A Agrigento, le projet fonctionnait depuis trois ans ; des sœurs étaient venues et reparties (dont notre Sr. Vicky Chiharhula). Le temps que j’ai passé à Agrigento m’a permis de faire une bonne expérience en communauté internationale et intercongrégation, avec des migrants ainsi qu’avec les gens du pays et en paroisse.

Les lieux de mon activité/ de ma présence ont été divers :

Les migrants mineurs non-accompagnés

Être avec en faisant des activités avec les jeunes

Pendant quelques mois, je suis allée avec une autre sœur de la communauté, dans un centre d’accueil de mineurs. Ils étaient une cinquantaine de garçons dans ce centre, mais nous n’en voyions pas plus de dix ou douze… C’était toujours les mêmes qui participaient aux différentes activités offertes par le centre. Nous participions aux activités qu’ils faisaient avec des animateurs, et cela nous donnait la possibilité de parler de leur situation, de leurs désirs pour l’avenir, etc. Tous avaient vécu de grandes souffrances physiques et morales : le passage par la Libye, la traversée de la mer… Le stress se lisait sur leur corps pendant qu’ils en parlaient !

Mon expérience avec ces jeunes m’a permis de toucher du doigt  des situations de souffrances subies en chemin, pour une destination qui  ne correspondait pas toujours au lieu de leur choix !

 

La mensa «Portes ouvertes»

Sr Pilar (3ème à gauche) avec l’équipe de la mensa, cuisinier et volontaire

La mensa « portes ouvertes » appartient à une Congrégation sicilienne et elle offre aux pauvres un repas chaud. Les pauvres, ce sont des migrants aussi bien que des gens du pays… Les sœurs me demandaient d’aller parler avec les migrants pour savoir d’où ils venaient, pour connaitre leurs besoins, pour voir comment les aider, etc. Je les ai donc écoutés, parfois je les ai vus arriver et ensuite je ne les ai plus revus… car ils étaient partis ailleurs ! La Covid-19 a suspendu cette activité.

Le Centre d’Accueil des Migrants « Villa Sikania »
Pour aller dans ce centre, il fallait un permis de la préfecture. Les premières  sœurs qui sont arrivées ont dû attendre presque huit mois avant de l’obtenir. Moi, je l’ai eu à Noël 2018.
Dans ce centre, j’ai pu rencontrer des migrants de tous âges, originaires de nombreux pays, hommes, femmes, garçons et filles, familles avec de petits enfants, avec aussi des niveaux de culture très différents: ceux qui n’avait  suivi que l’école primaire, ceux qui étaient arrivés jusqu’au lycée, des  universitaires. Ils avaient également des traditions religieuses différentes.

Nous leur proposions un cours d’italien. Parfois j’avais 5 élèves, d’autres  fois deux… Au cours d’un mois et demi, j’en ai eu 31 ! Ces rencontres nous ont permis de parler de beaucoup de choses. Pendant un mois, j’ai eu un seul élève du Bangladesh qui ne savait ni lire ni écrire… Quand il a été transféré dans un autre centre, il savait bien lire ce qu’il voyait devant lui.

La vie et les activités de la paroisse
Dès le début, je suis allée, les mardis après-midi, au centre d’écoute pour  accueillir, écouter, essayer d’aider ceux et celles qui y venaient : Siciliens ou étrangers. Les dames du Centre d’écoute m’ont très bien accueillie. Les plus nombreux étaient les expatriés habitant la ville depuis 5, 10, 15, 30 ans ! Nous allions aussi visiter des personnes âgées ou seules de la
paroisse.

La communauté intercongrégations d’Agrigento en Sicile : Sr Luciana, Sr Pilar Navarro et Sr Maria

Le Conseil Pastoral de la paroisse a décidé de rendre visite aux habitants pour savoir qui ils
étaient, leur situation. A nous, les sœurs, le curé a attribué des rues spécifiques. Cet apostolat nous a intégrées dans la paroisse et nous sommes passées de : « les sœurs des migrants » à « ce sont nos sœurs ».
Fin mars 2020 la paroisse a ouvert les portes de son centre d’accueil aux gens qui souffraient des conséquences de la pandémie : perte du travail, factures à payer, besoin de denrées alimentaires. Nous avons pu y offrir notre  collaboration jusqu’au 28 novembre 2020. 

A ce moment-là, j’étais seule à Agrigento, car les autres sœurs avaient  terminé leur contrat et l’UISG n’avait pas de sœurs en attente pour se joindre au projet. Les responsables m’ont demandé de rejoindre la communauté de Caltanissetta, où je devenais la quatrième sœur de la communauté, avec Sr Charity, Zambienne, Sr Celina, Italienne, et Sr Shanthi, Indienne.
L’apostolat à Caltanissetta était différent de celui d’Agrigento, sauf pour  les cours d’italien, qui se donnaient dans les locaux de notre paroisse. J’ai aidé une dame marocaine à lire et écrire en italien. Nous participions aussi aux cours d’enseignements divers organisés par le bureau diocésain des Migrations.
Caltanissetta n’est plus un lieu d’arrivée de migrants, et les migrants sont dans la ville depuis trois, quatre ans ou plus. La présence auprès d’eux, n’est plus au niveau « d’un accueil de nouveaux venus », mais plutôt, une aide à  l’insertion. Pour cela, il faut les aider à « vouloir s’insérer », en connaissant la langue, en leur faisant obtenir les papiers nécessaires pour rester dans le pays, à avoir un travail rémunéré. Il était nécessaire de collaborer avec les gens du pays et les institutions de l’Eglise et de l’Etat, avec certaines ONG.
A Caltanissetta la collaboration avec la Caritas Diocésaine et le Bureau Diocésain de l’Immigration/Migration fonctionnait assez bien.
Au début du projet, le Cardinal Francesco Monténégro, archevêque d’Agrigento, voyait deux missions pour les communautés envoyées par l’UISG :

Être des Communautés Témoins
et  s’engager comme « bâtisseurs de ponts »

C’était des défis concrets à vivre, tant en communauté qu’avec les migrants et les gens du pays, auxquels nous essayions de répondre. Notre vie communautaire, avec notre diversité de charismes et de nationalités, devenait témoignage d’unité dans la diversité, un lieu où chacune se sentait accueillie, aimée et respectée avec ses richesses et faiblesses.
Notre mission était d’être une présence réconfortante pour les migrants, tout en essayant de développer des réseaux avec les organisations existantes et « construire des ponts » entre nous, les migrants, les Siciliens et l’Eglise locale, avec créativité, amour, sérénité et en donnant à l’autre la possibilité d’être lui-même.
A la fin de ces trois années de présence dans ce projet en Sicile, je me suis  souvent dit : L’important n’est pas ce que tu fais, (qui peut être accueilli ou  refusé) ; l’important c’est d’être là avec tout ton « être » et d’être ouverte et accueillante à l’autre.

Sr Pilar Navarro, Rome, Italie

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