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Les soeurs Missionnaires de Notre-Dame d'Afrique

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Comment le croyant musulman est entré dans ma vie

Sœur Anne-Christine BLANC nous livre  son expérience de vie en terre arabo-musulmane.

Il s’agit d’une mission en Algérie, en terre arabo-musulmane.
Mon expérience missionnaire remonte à plus de 50 ans et elle me marquera jusqu’à ma mort. J’ose même penser qu’elle atteindra son apogée dans l’au-delà lorsque nous serons tous rassemblés auprès du Seigneur.

C’est après avoir terminé mes études de médecine que j’entrais au postulat ; et aussitôt après ma profession, j’ai été envoyée en Algérie. Une vie missionnaire ne peut être statique : elle change au rythme de l’évolution du pays où elle est vécue, de l’Église à laquelle elle appartient, de sa Congrégation.

C’était au début de l’année 1962, peu de temps avant l’indépendance. L’Algérie était un pays arabe à très forte majorité musulmane. Mais la France (colonisatrice) et l’Église y étaient en bonne place. Nous y avions aussi de nombreuses communautés Sœurs Blanches. Le contact avec la population était, pour moi, un peu distant et j’avais une connaissance assez rudimentaire du milieu arabe et de l’Islam. Nous étions nos maîtres, tant dans le domaine de la santé que dans celui de l’éducation. L’Église avait pignon sur rue : cathédrales, basiliques, églises, chapelles, … les cloches sonnaient et c’était dans nos habits religieux que nous allions aux offices le dimanche. Telle fut ma première expérience missionnaire : l’Algérien était un étranger dont la religion était l’Islam ; j’avais sans doute à le convertir, tout au moins à l’évangéliser !

Plusieurs événements allaient changer cette première expérience missionnaire.

Dieu est amour

“Dieu est amour”

L’Algérie accédait à son indépendance ; elle cessait d’être « française » et les Français devenaient des étrangers. Nos œuvres (hôpitaux, dispensaires, écoles, ouvroirs, etc.) étaient nationalisées et c’est au même titre que les coopérants étrangers, que nous étions admises à travailler dans les structures de l’État. L’Église cessait d’avoir pignon sur rue, les cloches se taisaient. Mais c’était aussi l’époque de Vatican II qui allait donner un élan à notre Église …

C’est alors que je fus envoyée, pour une période de trois ans, à Rome, à l’Institut Pontifical des Études Arabes, pour y apprendre la langue arabe et surtout tout ce qui a trait à l’Islam : Coran, Hadith, sciences islamiques. J’y rencontrais des hommes de science tant arabes que non arabes ; hommes de foi tant musulmans que non musulmans.

J’y rencontrais surtout deux personnes qui allaient faire changer mon regard sur le monde arabo-musulman : le Père Maurice BORRMANS, Missionnaire d’Afrique (Pères Blancs) qui fut mon professeur durant ces trois années et avec lequel je continue à cheminer, et le frère Christian de CHERGE, Prieur des moines de Tibhirine assassiné en Algérie.

Nous allions former un trio de recherches, d’études, de prière, grâce auquel le croyant de l’Islam allait prendre en moi toute sa densité spirituelle. J’avais aussi découvert qu’il existait, dans l’Islam, tout un courant mystique, des « sages », des soufis. Ce que j’avais appris sur le musulman, intellectuellement, j’avais à le découvrir dans la réalité quotidienne.

Cela me fut donné rapidement puisque j’étais nommée au Yémen, pays arabe et musulman à 100%. C’était la chance de ma vie puisque j’allais y vivre 25 ans dans un grand village, la vie quotidienne du musulman/de la musulmane, avec : son travail, ses joies, ses peines, tous les aléas de la vie ; sa vie de croyant, dans toute sa profondeur humaine et spirituelle. Ma prière allait être rythmée par la sienne ; j’allais être interpelée par ses fêtes religieuses, … le croyant musulman était entré dans ma vie. Rien de ce qui le concernait ne me laissait indifférente, et c’était pour chacun de nous (je l’ai senti) une stimulation spirituelle.

Combien de fois de véritables paroles d’Évangile m’ont été adressées ! Cette période, que je qualifierais de « fondatrice » aura duré 25 années.

Appelée à rentrer en France, j’y retrouvais un pays à multiples facettes : l’Arabe, le Musulman, lui aussi était là. La mission n’était pas terminée, une fois de plus elle prenait un autre visage.

Désormais tout ce qui touche à l’Islam trouve un écho spécial en moi : les événements, les déclarations officielles de l’État et celles de l’Église, les rencontres officielles ou informelles… tout me fait vibrer intérieurement.

Désormais le musulman/la musulmane, garde une place de choix dans ma vie. Ma prière en est toute imprégnée, elle culmine bien sûr dans la célébration eucharistique. Tel est le nouveau visage de ma mission, jusqu’au jour où le Très-Haut nous rassemblera auprès de Lui.

Anne-Christine,
Soeur Missionnaire de Notre Dame d’Afrique

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